GALERIE BARNABÉ
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FIG. 1. Photographie IR
FIG.2. © Courtauld Institut, Londres
FIG.3. © Christie’s
FIG.4. © Christie’s
PHOTOGRAPHIES DE DETAILS
Giuseppe Bartolomeo CHIARI (Lucca ou Rome 1654-1727 Rome)
Vers 1660-80
Alphée et Aréthuse
Huile sur toile, oval, 132 x 91 cm
Cachet de collection à la cire sur le châssis
PROVENANCE
- Collection privée Allemagne jusqu’en mars 2012 ;
- Acquis par l’actuel propriétaire, collection privée, France.
DESCRIPTION
Selon les Métamorphoses d'Ovide, la belle nymphe Aréthuse a été surprise et poursuivie par le dieu de la rivière Alphée, alors qu'elle se baignait dans un ruisseau clair. Diane a eu pitié d'elle et l'a cachée dans un nuage, mais succombant à la persistance d'Alphée, elle a finalement transformé Aréthuse en une source qui coulait sous terre et a émergé à Ortygia, la petite île qui est le centre historique de la ville de Syracuse en Sicile.
L’ARTISTE
Né à Rome, Giuseppe Bartolomeo Chiari fut l'un des principaux élèves de Carlo Maratta, il entra dans l’atelier en 1666 à l'âge de douze ans. Chiari s'est formé dans le milieu classiciste, devenant l'un des principaux représentants de l'académie romaine. Grâce à la protection du maître, dont il fut bientôt considéré comme le successeur officiel, il reçut plusieurs commissions importantes.
Son répertoire figuratif incarne les idéaux de la culture classiciste officielle de Rome au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles et fusionne les divers traits stylistiques hérités de Guido Reni, Carlo Maratta, Pierre de Cortone, les Carracce et le Corrège. Pleinement établi depuis 1685, et devenu membre de l'Accademia di San Luca en 1697, il repropose dans sa peinture les manières du maître mais en adoucissant la magniloquence officielle au profit de tons plus intimes, notamment dans les œuvres de petite taille, et marquant ainsi le point de transition du goût du baroque tardif au rococo naissant.
En 1686, il a réalisé sa première commande publique de fresques de La Naissance de la Vierge et de L'Adoration des Mages pour la chapelle des Marchionni à Santa Maria del Suffragio. Dans les années qui suivent, l'artiste reçoit des commandes de nombreux grands mécènes romains de l'époque, dont les familles Barberini et Colonna, et du pape Clément XI, pour lequel il exécute un Saint Clément en Gloire pour l'église éponyme. En tant qu'héritier de Maratta, le succès de Chiari ne s'est pas limité à sa ville natale. Son œuvre est particulièrement populaire auprès de plusieurs grands collectionneurs anglais de l'époque, dont Richard Boyle, 3e comte de Burlington, dit "Architect Earl", et John, 5e comte d'Exeter, qui acquiert pas moins de quatre œuvres de l'artiste pour sa collection à Burghley House. Chiari fut le principe de l'Accademia di San Luca entre 1723 et 1725 et compta l'architecte anglais William Kent parmi ses étudiants.
L’OEUVRE
L’inédit tableau représentant Alphée et Aréthuse est un ajout à rattacher à l’œuvre de Giuseppe Chiari, en quelque sorte un témoignage de sa collaboration avec le maître Carlo Maratta. Le format oval et les dimensions de l’œuvre sont répétitifs chez l’artiste. Le thème n’est pas étranger à Maratta qui l’aura peint à plusieurs reprises vers 1650-1670, Chiari en fut probablement le témoin mais aussi le collaborateur, Maratta émergeant alors à Rome comme l’un des artistes les plus prometteurs.
L’œuvre représente un intérêt supplémentaire tant elle semble être une première exécution dans l’élaboration d’une nouvelle composition. Pour le moins quatre importants repentirs sont mis en évidence et clairement visibles sur la photographie Infrarouge (fig. 1) ; un premier et le plus démonstratif qui débute à l’extérieur droit du ventre d’Aréthuse et épouse toute la longueur de sa jambe droite pour aboutir à l’extrémité des orteils du pied, un second tout du long de la jambe gauche, un troisième sur le tibia et jusqu’à l’extrémité des orteils du pied de la jambe gauche d’Alphée, un quatrième comme les précédents sur le pied droit d’Alphée et enfin un dernier plus discret visible sur le contour du visage de Diane. Après une première ébauche, l’artiste aura ensuite déplacé l’ensemble des membres vers la gauche de la composition. L'examen a révélé que la peinture telle qu'elle apparaît aujourd'hui est le résultat final de plusieurs étapes de création, suggérant le travail d'un artiste élaborant une composition plus que la réalisation d'une œuvre d'atelier.
Le rapprochement entre notre tableau et le dessin de Maratta (fig. 2) conservé au Courtauld Institut de Londres (Draped female figure, 20,5 x 13,5cm, D.1972.WF.4764) constitue un élément de poids pour l’étude de cette composition ; l’on remarque sur ce dessin un repentir sur le talon du pied de la jambe gauche du modèle, mais aussi un autre sur le tibia de la même jambe et au même emplacement que celui de la jambe gauche d’Aréthuse décrit précédemment dans notre peinture. Ces particularités typiques d’un artiste alors dans la recherche de sa composition, suggèrent une exécution du dessin du Courtauld Institut et de notre peinture dans un espace-temps rapproché, mais aussi une réelle interrogation sur l’attribution du tableau qu’il convient toutefois raisonnablement de donner à Chiari.
Un autre dessin de Maratta à rapprocher de notre peinture nous est signalé par Jean-Claude Boyer, actuellement propriété d’une collection privée à Paris, sans que nous disposions de sa photographie.
A mentionner, l’intéressant rapprochement entre notre œuvre et le tableau de Maratta représentant Alphée et Aréthuse peint vers 1650 (fig. 3) (Christie’s, Londres, 04 décembre 2013, lot 171), plusieurs repentirs sont cités dans la notice du catalogue de la vente. Aussi une autre version postérieure par Maratta de Alphée et Aréthuse peinte vers 1655-70 (fig. 4) (Christie’s, New York, 20 janvier 2000, lot 35), l'on remarque qu’aucun dessin préparatoire à ces deux œuvres n’était alors connu de Stella Rudolph.
Plusieurs œuvres autographes de Chiari sont aussi à citer pour rapprochements :
- Giuseppe Bartolomeo CHIARI, Suzanne et les vieillards, vers 1700-1727, huile sur toile, 67,3 x 81,6 cm (26 1/2 x 32 1/8 in.), Walters Art Museum, Baltimore
- Giuseppe Bartolomeo CHIARI, Bethsabée au bain, huile sur toile, ovale, 135,9 x 97,8 cm (53 1/2 by 38 1/2 in.), Metropolitan Museum, New York
- Giuseppe Bartolomeo CHIARI, Le Triomphe de Galatée, huile sur toile, 67 x 81 cm (23 x 27½ in.), Christie’s, Londres, 07 juillet 2010, lot 230
Le rapprochement entre notre tableau et celui peint par Maratta en 1650 (fig. 3), en prenant en considération les aspects essentiellement stylistiques, oblige à une datation de notre peinture dans les années 1660-80, période ou Chiari fut le proche collaborateur du maître après y avoir intégré son atelier en 1666.












